LA RUCHE 3

Le Plan Ambition Bio 2017 du gouvernement, dévoilé fin 2013, prévoit le doublement des surfaces biologiques d’ici à trois ans. Une telle marche forcée nécessiterait d’optimiser les canaux de distribution de la bio pour la préparer à absorber des quantités plus importantes. Elle implique nécessairement des aides supplémentaires à la conversion et au maintien. Deux conditions qui paraissent difficiles à remplir en Bourgogne dans le temps imparti. Pour y arriver, il faudrait produire plus, mieux commercialiser, et une volonté politique affirmée.

Un dossier publié par Le Journal du Palais de Bourgogne N° 4399 (23-29 juin 2014)

La Bourgogne se classe au 9e rang des régions françaises biologiques en nombre de producteurs et d’exploitations. Développer ses filières de commercialisation pourrait booster sa croissance.

Les produits biologiques représentent en France un marché de 4 milliards d’euros, qui croît de 5 % par an. Ils sont commercialisés par des circuits courts impulsés par les producteurs – à la ferme, sur les marchés, dans les surfaces spécialisées bio – ou par les consommateurs, via les Amap, Ruche qui dit Oui ! et autres Drive bio.Ils empruntent aussi des circuits longs, en France et à l’étranger.

Les 884 fermes bio de Bourgogne utilisent toutes ces filières, en particulier la vente directe, garantie « d’une bonne valorisation de la production», selon Marion Primat, animatrice aval au Sedarb (1), l’organisme de promotion de l’agriculture biologique en Bourgogne. « Les légumes s’écoulent beaucoup via les Amap. 80 % des fermes en volaille bio commercialisent elles-mêmes leurs produits et 79 % des producteurs d’ovins et caprins disent utiliser la vente directe. D’autres productions partent plus loin, via des coopératives telles que la COCEBI pour les céréales, les Éleveurs Bio de Bourgogne pour les ovins et bovins (voir ci-dessous  » où va la bio bourguignonne »), ou la coopérative BIOLAIT pour le lait.

La Ruche qui dit Oui ! permet aux consommateurs d'avoir accès à des producteurs locaux, et très souvent bio. Les producteurs s'inscrivent librement sur le site internet, et mettent en ligne leurs produits.
La Ruche qui dit Oui ! est un circuit court à l’initiative des consommateurs, qui leur permet d’avoir accès à des producteurs locaux, et très souvent bio. Les producteurs s’inscrivent librement sur le site internet, et mettent en ligne leurs produits. La commission retenue est de 8%, la moitié pour le site et la moitié pour le responsable de la Ruche, qui peut ainsi se faire un complément de revenu.

 

Les consommateurs passent commande et payent sur le site, puis viennent retirer leurs achats le jour de la livraison.  A Dijon, La Ruche "comme chez mamie" est ouverte depuis 6 mois et deux autres Ruches viennent d'ouvrir.
Les consommateurs passent commande et payent sur le site, puis viennent retirer leurs achats le jour de la livraison. A Dijon, La Ruche « comme chez mamie » est ouverte depuis 6 mois. Elle compte 2200 inscrits et une centaine de personnes qui commandent régulièrement. Deux autres Ruches viennent d’ouvrir. La Ruche qui dit Oui ! compte en France 520 ruches ouvertes et 190 en construction.

PRODUIRE PLUS POUR VENDRE PLUS

La vente directe est-elle toujours la panacée ? Sûrement pas, répond Xavier Niaux, président régional de la Confédération des groupements d’agriculteurs biologiques de Bourgogne, le CGAB (1) (voir ci-dessous), pour qui le serpent se mord la queue : « nous sommes dans un cercle vicieux. Il y a peu de grosses unités capables de produire à grande échelle. Il faudrait atteindre 10 % des exploitations, contre 4 % aujourd’hui, pour avoir une plateforme de commercialisation suffisamment alimentée, qui elle-même garantisse une demande régulière. On est trop souvent dans le schéma de petites productions, qui assurent l’avenir des familles mais ne peuvent pas fournir plus grand, comme la restauration collective. Nous devons passer à la taille au-dessus, car nous avons plus de demande que de production».

La solution? « Une volonté forte des pouvoirs publics de doubler les surfaces et les producteurs », mais qui perd du terrain selon Xavier Niaux, économies budgétaires obligent (voir encadré ci-dessous « surface bio, le doublement impossible »).

MANGER BIO À LA CANTINE

La restauration collective (RC) est une solution prometteuse pour augmenter les volumes. En 2012, l’Observatoire régional de l’agriculture biologique en Bourgogne (ORAB) a répertorié 67 restaurants collectifs dans les circuits d’approvisionnement bio. Le Grenelle a créé des obligations de bio et local qui ont servi d’appel d’air, mais la dynamique s’essouffle, aux dires de ceux qui fournissent la RC (voir ci-dessous « Où va la bio bourguignonne »). Ils avancent la nécessité d’une volonté politique et de cahiers des charges précis et contrôlés.

Pour Marion Primat, il faut adapter les filières aux canaux de distribution. C’est le cas pour la restauration collective : « les gestionnaires de cuisine passent tous leurs achats sur une plateforme nationale. Avec des producteurs locaux, c’est plus compliqué ». C’est pourquoi le Sedarb travaille à la structuration d’une filière commune de livraison, et prône une contractualisation sécurisante sur les volumes.

La Région a créé la plateforme Loc’ Halles Bourgogne, qui met en relation 112 fournisseurs, dont 41 bio, et 32 établissements publics pour 426 produits référencés. Un outil de transformation de quatrième gamme est en projet au Sedarb pour offrir « des légumes immédiatement utilisables et un coût de main d’œuvre réduit pour les cantines», tandis qu’une réflexion s’engage pour que BioBourgogne devienne une véritable marque de producteurs et transformateurs, améliorant la visibilité auprès des consommateurs.

OU’ VA LA BIO BOURGUIGNONNE ? DU COIN DE LA RUE JUSQU’À L’ITALIE

RC Bio 89 est une association de dix producteurs de l’Yonne qui livre cinq établissements du département, et les restaurants collectifs d’Auxerre via l’opérateur de restauration Elior. Ce gestionnaire respecte le cahier des charges municipal qui impose 50 % de produits bio locaux dans les menus. Jean-Charles Faucheux, le président de RC BIO 89 pense que c’est la bonne méthode :« il faut de la volonté politique et des obligations pour que les volumes augmentent ». Et ce n’est pas toujours le cas: « nous nous mettons en phase avec la demande mais les commandes n’arrivent pas ».

Même son de cloche du côté de Monalisa, en Côte-d’Or. La SARL commercialise 20 produits, aux deux tiers en restauration collective, avec là aussi un intermédiaire, la Sogeres, qui applique le cahier des charges du Grand Chalon : « de 30 à 50 % de produits bio locaux », précise Jérôme Follea, son gérant, qui pointe du doigt « la nécessité de contrôles de suivi des marchés ».

Le réseau Biocoop, 345 magasins en France, 1.200 producteurs partenaires, affiche une santé insolente : + 8 % en 2013, 580 millions d’euros de CA. Sa charte est claire : vendre en priorité du bio local. Ce que fait la Biocoop Germinal d’Auxerre, 40 ans cette année : « nous sommes en direct avec 40 producteurs locaux, soit 10 % de notre chiffre d’affaires », indique Benoît Gaussens, le directeur, « dans un marché local en pénurie ». A Dijon, la Biocoop Terres Bio référence 10 producteurs bio locaux pour elle aussi 10 % du CA, précise son gérant, Anthony Thoiret. « Nous vérifions simplement que le prix soit dans les clous de la plateforme nationale ».

la coop bio
Biocoop possède 345 magasins en France,qui réalise un CA de 580 millions d’euros. L’entreprise revendique 300.000 consommateurs, 21000 tonnes de fruits et légumes vendus dans un marché national en croissance de 5 % par an. Mais un marché largement dominé par la grande distribution, qui a vu sa part de marché passer de 35 % à 50 % entre 2000 et 2011. Très souvent avec des produits d’importation.

LA BIO AU LONG COURS

Côté céréales et élevage, la Bourgogne peut compter sur des structures importantes. La Cocebi (CA : 9,5 millions d’euros) « réalise une commercialisation en filières, avec des accords pluriannuels », selon son directeur, Jean Buet. Les 13.000 tonnes de céréales produites par les 160 adhérents utilisent des circuits de proximité (moulins pour le blé (Decollogne), marchands d’alimentation animale (Cizeron Bio), réseau Biocoop ou industriels transformateurs pour les lentilles), comme des circuits longs : le soja en Allemagne, l’avoine vers l’Italie.L’important ? S’adapter à la demande : « il faut contractualiser pour pouvoir produire. Nous savons déjà où sera vendue la production 2014 ».

Les Éleveurs Bio de Bourgogne (CA : 2 millions d’euros) commercialisent les 4.000 bovins et ovins d’une centaine de producteurs. « 10 % part dans des boucheries de détail, notre camion magasin, et notre atelier de découpe Seleviandes fournit la restauration collective. Mais 90 % part en GMS et magasins spécialisés, via des abattoirs régionaux », selon Matthieu Prin, responsable de la coopérative.

(1)Service d’écodéveloppement agrobiologique et rural / Confédération des groupements d’agriculteurs biologiques de Bourgogne.

SURFACES EN BIO : LE DOUBLEMENT IMPOSSIBLE

Les représentants des producteurs biologiques bourguignons sont inquiets. Les négociations avec la Région, désormais en charge de la distribution des fonds d’État et Feader pour la conversion et le maintien des exploitations, sont à la baisse par rapport aux objectifs du gouvernement. De son côté, la Région avance une volonté d’évaluer au plus juste les besoins réels de l’agriculture biologique.

A l’origine du litige, le plan Ambition Bio 2017. Dévoilé en 2013, il annonce l’objectif de « doublement de la part des surfaces en bio d’ici fin 2017 », ce qui pour Xavier Niaux, président de la Confédération des Groupements des Agrobiologistes de Bourgogne (CGAB) induit « 170 millions d’euros d’aides pour la Bourgogne, dont 113 pour la conversion ».

Problème, la Région Bourgogne ne propose qu’une enveloppe de 36 millions d’euros pour la conversion, soit 3.000 à 4.000 hectares par an. Et pour le moment, les négociations achoppent sur l’enveloppe pour le maintien. Ce qui fait dire à la profession « qu’il n’y a pas de réelle volonté politique de favoriser le développement de la bio », et que seules 20 % de conversions supplémentaires pourront se réaliser par an.

DISTRIBUER AU-DELÀ DE LA BIO

Autre son de cloche du côté de la Région, par la voix de Jacques Rebillard, vice-président en charge de l’agriculture, pour qui il s’agit « d’évaluer précisément les besoins ». Les Fonds Feader attribuent une réserve de performance de 7% aux demandes ayant atteints leurs objectifs. « Il faut donc fournir des chiffres précis », se justifie-t-il, et pour le moment selon lui, «les objectifs de doublement n’ont jamais été atteints ».

Les aides au maintien achoppent sur un autre problème : « jusqu’à présent, elles étaient financées par les aides directes de l’Europe. On nous demande désormais de passer le maintien sur les aides au développement rural, qui sont financées sur actions ». D’autant que si les aides à la conversion sont données pour 5 ans, aucune durée n’a été définie pour le maintien : « la profession nous demande de financer du maintien pour les producteurs en bio depuis longtemps, mais il faut être prudents, pour ne pas garder des fonds au détriment de la conversion ».

Les fonds agro-environnementaux ne seraient pas réservés à la bio. Une partie de l’enveloppe devrait aller aussi « vers l’agriculture conventionnelle engagée dans une réduction des traitements, sous signes officiels de qualité ». Ces arguments ne suffisent pourtant pas à masquer des moyens insuffisants, comme le reconnait l’élu régional : « aujourd’hui nous n’avons pas les moyens d’aller au-delà des 36 millions d’aides pour la conversion, auxquels pourra s’ajouter éventuellement en 2018 la réserve de performance ».

Les négociations reprendront en septembre, après évaluations des services techniques de l’État, de la Région et de la profession, notamment pour les aides au maintien.

LA BIO EN FRANCE ET BOURGOGNE

  • La France compte 24.425 exploitations agricoles sur un million d’hectares de surfaces agricoles, soit 3,77 % de la surface totale française (1). Marché : 4,1 milliards d’euros (+ 50 % entre 2007 et 2012). Circuits : grandes surfaces (47 %), magasins spécialisés (36 %), vente directe (12 %), artisans-commerçants (5 %).
  • La Bio progresse en Bourgogne : 884 fermes (4,35 %), dont 73 conversions, soit 44.677 hectares (2,55 %) (1). Les viticulteurs représentent 30 % des producteurs, devant les élevages (20 %), la polyculture-élevage (17 %), les grandes cultures (15,6 %), le maraichage (9,9 %) et autres productions( 6,5 %).
  • La distribution en Bourgogne : circuits courts et circuits longs cohabitent. Les céréales, viande et lait plutôt en circuits longs. Les volailles, légumes de plein champ, le maraichage, les fruits recourent à la vente directe et aux circuits de proximité en magasins spécialisés, demi-gros et restauration collective. 67 restaurants collectifs proposent du bio, surtout des produits laitiers et des légumes.
  • Organisation de la profession : un groupement d’agriculteurs biologiques (GAB) par département, chapoté par la Confédération des Gab (CGAB) de Bourgogne, organe syndical et politique. Le SEDARB, rattaché au CGAB assure promotion et développement de l’agriculture biologique en Bourgogne. La quinzième édition du Printemps Bio réunit une vingtaine d’évènements du 1er juin au 6 juillet.
  • Tous les chiffres sont de 2012 – l’Observatoire régional de l’agriculture biologique en Bourgogne.