Jean de la chance, TDB - Crédit photo TDB Prélud
Jean de la chance, TDB – Crédit photo TDB Prélud

Bien plus qu’un simple outil d’animation du territoire, l’industrie culturelle est devenue un acteur à part entière de l’économie régionale. Elle fait vivre d’autres secteurs de l’économie par la sous-traitance et les investissements qu’elle génère. Elle irrigue le territoire par les salaires qu’elle distribue et l’attractivité qu’elle développe. La culture est devenue un secteur économique incontournable, en Bourgogne comme ailleurs. Le Théâtre Dijon Bourgogne et le festival Chalon dans la rue en sont deux acteurs majeurs, à découvrir dans l’article.

Article paru dans le Journal du Palais de Bourgogne n° 4380 (10 – 16 février 2014)

L’entreprise Prélud, à quelques pieds de vigne de la célèbre Maison Copeau de Pernand-Vergelesses, du nom du célèbre homme de théâtre bourguignon, travaille en ce moment à la muséographie du musée de l’aiguille Bohin en Normandie. L’atelier de décors de Corgoloin emploie une quinzaine de personnes, et ses donneurs d’ordre sont souvent locaux. « En 2013, nous avons fait 80 % de notre chiffre d’affaires en Bourgogne, avec notamment le Théâtre Dijon Bourgogne (TDB) et l’Opéra. En vingt ans, on n’avait jamais fait autant !» remarque son gérant, Jean-François Chabosson.

Prélud est un des exemples de l’impact économique territorial que peut avoir la culture en région. Les derniers chiffres nationaux le démontrent : l’industrie culturelle, avec une valeur ajoutée de 57,8 milliards d’euros, et 46,7 milliards d’effets induits sur les autres secteurs, a de quoi convaincre les plus sceptiques.

Prélud réalise des décors pour le spectacle vivant, des scénographies pour les musées et même des œuvres d'art.
Prélud réalise des décors pour le spectacle vivant, des scénographies pour les musées et même des œuvres d’art.

DE LA SOUS-TRAITANCE ET DE L’EMPLOI

Nicolas Royer, administrateur du TDB confirme que près d’un tiers de son budget de quatre millions d’euros est consacré à ses fournisseurs, locaux pour la plupart. Il revendique 2 000 nuitées annuelles, et 450 repas par jour servis aux artistes et techniciens pour le festival Théâtre en mai. « Le TDB, c’est l’équivalent d’un hôtel restaurant à Dijon.» Sans compter les dépenses des festivaliers, et des 25 000 spectateurs annuels (dont 2 000 abonnés), qui finissent la soirée devant un verre ou un repas d’après spectacle.

D’autres secteurs de l’économie tirent avantage, par ricochet, des investissements culturels des collectivités locales. Rien que pour 2013, la Minoterie (3 millions) et le Théâtre de la Fontaine d’Ouche (850 000 euros) à Dijon, ou le Cèdre (13 millions) à Chenôve, ont fourni au BTP des chantiers non négligeables. Sans parler du musée des Beaux-Arts, dont la rénovation devrait avoisiner les 60 millions d’euros …

Plus largement, le spectacle vivant est aussi et avant tout une économie de main d’œuvre. Véritable PME, avec 40 à 50 équivalents temps plein, Le TDB engloutie 80 % de son budget en salaires. « Les quatre à six spectacles annuels créés ici sont réalisés avec des salaires réinjectés localement ». Une donnée confirmée par l’étude nationale qui attribue plus de 20% des emplois, soit 150 000, à cette branche de l’industrie culturelle. Selon la dernière étude régionale, 564 établissements bourguignons du spectacle ont employé en 2010 près de 5 000 permanents ou intermittents.

Malheureusement, jusqu’à présent, ces retombées indirectes, pourtant considérables, n’ont pas vraiment fait l’objet d’un chiffrage systématique (voir encadré sur le pôle mécénat), créant un déficit de données qui laisse toujours à penser que l’industrie culturelle ne vit que de ses subventions.

DE L’ARGENT D’AILLEURS INVESTI LOCALEMENT

Avoir des structures culturelles importantes sur son territoire permet aussi de prétendre à des fonds d’État qui seront investis localement. Selon Nicolas Royer, « Quand la ville de Dijon met un million d’euros de subvention, le TDB en récupère 1,8 de l’État, c’est donc de l’argent qu’on va chercher ailleurs, mais qui est à 100 % redistribué ici.». De la même façon, chaque création donne lieu à 180 représentations in situ, mais aussi 180 en France et à l’international : « Que faire ? Le retour, a été joué 150 fois, avec 100 dates hors Dijon. Ce spectacle est vendu 6 000 euros la représentation, soit 600 000 euros de recettes extérieures ».

Décors réalisés par Prélud pour le TDB et le spectacle "Que faire? le retour". Crédit Photo : Vincent Arbelet
Décors réalisés par Prélud pour le TDB et le spectacle « Que faire? le retour ». Crédit Photo : Vincent Arbelet

De l’argent qui vient d’ailleurs, il en arrive aussi beaucoup à Chalon-sur-Saône, grâce à l’un des trois plus gros festivals européens des arts de la rue, Chalon dans la rue : 1 100 représentations qui réunissent plus de 220.000 spectateurs sur cinq jours ! « De quoi submerger les restaurants de la ville », confie Pedro Garcia, son directeur artistique, qui évalue à au moins quatre millions d’euros les retombées du festival. Outre la dizaine de créations réalisées par le Centre national des arts de la rue de Chalon, qui fonctionne toute l’année avec neuf salariés, ce sont 170 compagnies qui viennent au festival, « un millier d’artistes, 4 000 nuitées et 8 500 repas ». Le rapport national confirme d’ailleurs cet « impact substantiel de la culture sur le développement local ».

Conséquence d’une telle réussite, Chalon dans la rue représente un booster de notoriété considérable pour le chalonnais. Près de 1 500 programmateurs professionnels du monde entier viennent y faire leur marché de spectacles de rue. Aux États-Unis, au Mexique, au Brésil, on connait Chalon ! Et le festival constitue également un solide appât pour attirer des entreprises, selon Jean-Luc Belda, directeur de l’ADERC ( Agence de Développement Économique de la Région de Chalon-sur-Saône), car «quand un chef d’entreprise décide de s’implanter à Chalon, l’attractivité se décline comme une addition d’arguments, dont la culture ».

PLUS DE PARTENARIATS

Cet ancrage territorial, la culture le revendique et y voit également son avenir. « Nous avons besoin de tisser des partenariats avec le monde économique, cela devient une nécessité absolue pour le TDB», selon son administrateur, qui avance 30 % de perte de budget en vingt ans et des coûts qui augmentent sans cesse. Avec « moins de 10 000 euros par an de financements privés », la structure doit aiguiser ses appétits et se verrait bien partenaire de la future Cité de la Gastronomie.

A Chalon, ce sont déjà 80 000 euros qui tombent dans l’escarcelle du festival, selon Pedro Garcia pour qui cela reste « une question de rencontres » qu’il faut aller chercher. Gageons que l’arrivée du Pôle Mécénat de Bourgogne devrait, justement, les favoriser.

FOCUS SUR LE FUTUR POLE MÉCÉNAT DE BOURGOGNE

Trois questions à Isabelle Boucher-Doigneau, responsable communication et mécénat de la DRAC (1), sur le futur Pôle Mécénat Bourgogne

La Bourgogne va se doter d’un guichet unique sur internet, qui parlera à toutes les cibles : entreprises, porteurs de projets, particuliers, structures d’accompagnement, fondations ou fonds de dotation régionaux. Et dans tous les domaines : culturel, social, humanitaire, sportif, éducatif. Une première en France.

Je suis une PME bourguignonne, je veux me lancer dans le mécénat, que va m’apporter la plateforme ? Quels sont les retours ?

Je vais y trouver en quoi consiste le mécénat, ce qu’il peut m’apporter, une banque de projets prêts à être mécénés, un club de mécènes, la possibilité de communiquer. Mais aussi les conseils des experts comptables,  pour devenir mécène ou valoriser ce que je fais. Le mécénat, c’est une réduction d’impôt égale à 60 % du don et des contreparties, au maximum 25 % du montant du don. Enfin, une communication qualitative auprès des clients et salariés.

J’ai décidé de devenir mécène, comment je donne ?

Soit directement : l’entreprise trouve un projet et le finance. La plateforme lui fournit de l’information : contreparties, conventions…. Soit indirectement : elle adhère  à un fonds de dotation qu’elle abondera  plusieurs années, même avec des sommes très modestes, et qui sélectionne thèmes et projets. Le club Entreprises et Mécénat de Bourgogne va créer ce type de fonds pour la plateforme.

Qu’est-ce qui freine encore le développement du mécénat ?

Le manque d’information et aussi l’absence de données chiffrées régionales sur les retombées de la culture et du mécénat. C’est pourquoi nous souhaitons aussi créer un Observatoire régional.
(1) Direction régionale des affaires culturelles.