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La soirée organisée le 18 octobre dernier par les Docks Numériques de Dijon a permis de détailler le fonctionnement d’une plateforme de financement participatif, et de comprendre que ce booster de projets a trouvé sa crédibilité. Un article publié dans les colonnes du Journal du Palais de Bourgogne du 9 au 15 décembre 2013 (n° 4371).

On a beau avoir lu des dizaines d’articles sur le sujet, vantant les mérites du crowfunding  -financement par la foule en anglais – reste qu’un halo brumeux persiste, qu’on pourrait résumer par la locution occitane : késako ? Autrement dit, comment ça marche, qui peut s’en servir, et pour faire quoi ? Pour nous éclairer, l’espace de co-working Les Docks Numériques avait invité Mila Colas, directrice Régions & Territoires de la plateforme Ulule, qui a échangé avec la cinquantaine de participants.

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Charles Rozoy, Mila Colas de Ulule, et Silvère Denis, co-gérant des Docks Numériques, lors du passage de l’Ulule Tour dans leur espace de co-working à Dijon.

Premier éclaircissement, il existe non pas une mais trois sortes de plateformes participatives sur internet. Celles comme Babyloan, qui offrent à l’internaute de prêter à un porteur de projet qui devra le rembourser. Celles comme Wiseed, financeur de startups, qui permettent d’investir dans le projet comme tout bon capital-risqueur. Et enfin les plateformes plus désintéressées, de soutien à des projets collectifs sans retour financier, incarnées par KissKissBankBank, My Major Company ou Ulule : en échange d’un don, le porteur de projet propose une contrepartie non marchande, variable selon le projet et le montant donné. Pour l’internaute, la motivation est de participer, même modestement – la contribution la plus choisie est de 25 euros – à la réussite d’un projet qui l’a séduit, et d’avoir accès ainsi aux petits privilèges qui lui sont réservés, comme un concert privé ou son nom sur la couverture intérieure d’un livre. Mais qui peut faire un don ? Vous, moi, tout le monde en somme, tant il est vrai, d’après Mila Colas, « qu’il n’y a pas de profil type de l’internaute Ulule, la plateforme accueillant des projets très variés ».

TRAVAILLER SA PROPRE COMMUNAUTE

Pas de profil type, certes, mais des règles précises qui poussent le créateur à séduire le grand public. « Il faut raconter une belle histoire, partager et faire partager sa passion, avec une page de présentation enrichie d’images, de vidéos, de dessins, sans oublier des contreparties attrayantes». Le site présente ainsi plus de 350 projets simultanément et revendique près de 3.200 initiatives financées. Mieux vaut d’ailleurs privilégier les produits plutôt que les services, dont les contreparties sont plus difficiles à imaginer.

La mobilisation des différents cercles d’internautes reste toutefois l’élément clé d’une levée de fonds réussie. Et c’est là qu’il convient de déployer toute son énergie. Il est essentiel, pour la responsable d’Ulule, « de mobiliser le premier cercle, celui des amis et de la famille, qui connaissent votre idée, vous font confiance et vous suivent. Viendront ensuite les amis des amis, que votre entourage aura mobilisés via les réseaux sociaux, qui représentent  50 % des visites sur Ulule. Ce n’est que lorsque vous serez à 30 % de l’objectif avec ces deux cercles que vous pourrez  toucher le troisième: la presse, le grand public ». Charles Rozoy, champion olympique handisport dijonnais, venu témoigner de son expérience – 12.000 euros collectés en trois semaines pour financer un livre sur son parcours –  confirme la nécessité d’une stratégie intense de communication. D’autant plus que le temps de collecte est en général très court,  autour de soixante jours en moyenne.

ACCELERATEUR DE CREDIBILITE

Mais qui fixe le montant demandé ? Chez Ulule, la plateforme accompagne le porteur de projets dans la définition de la somme qu’il peut espérer collecter : « si on veut collecter 100.000 euros avec trois fans, il vaut mieux renoncer. Il faut fixer un objectif bas et travailler à le dépasser ». Ce qui n’empêche pas nombre de projets de crever le plafond. Le record ? La web-série Noob, qui a réuni 681 046 euros, soit 1645 % de plus que l’objectif fixé. « Nous espérons atteindre une collecte à un million d’euros d’ici la fin de l’année », se réjouie Mila Colas. En revanche, quand la somme demandée n’est pas atteinte, les contributeurs sont immédiatement remboursés.

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Charles Rozoy, champion para-olympique, qui avait un projet de livre sur son aventure sportive et humaine, a pu collecter 20.000 euros en trois semaines grâce à Ulule.

Même lorsque l’objectif financier reste modeste, le financement participatif est un véritable booster de projets. « Lorsque les éditeurs ont vu l’engouement pour le livre, ils n’ont même pas attendu la fin de la collecte pour confirmer l’édition », confirme Charles Rozoy. Selon Mila Colas le financement participatif est surtout un outil de test grandeur nature, « complémentaire des banques, et qui déclenchent leur accord quand le projet rencontre un public ». Une affirmation qu’auront entendue ces trois étudiantes de l’ESC Dijon présente dans la salle. Elles portent un projet d’exportation de produits du terroir en Chine, qu’elles n’ont pas encore réussi à financer. Cet effet d’accélérateur peut aussi être démultiplié lorsque les collectivités locales soutiennent les idées sur leur territoire. C’est ce qu’a fait la Région Auvergne avec l’appel à projets « Et pour preuves » : « cela  rend les projets plus visibles et double la mise initiale » argumente Mila Colas. Plus de 50 000 euros ont déjà été collectés via Ulule,  selon le site de l’association Auvergne Nouveau Monde qui porte l’initiative.

FOCUS – LE FINANCEMENT PARTICIPATIF EN FRANCE ET AILLEURS

Ulule, le financement solidaire

Avec 10 millions d’euros collectés en trois ans, 3.000 projets financés, Ulule a fait une entrée remarquée dans le monde des plateformes participatives. Elle travaille en six langues, compte plus de 280.000 utilisateurs issus de 177 pays, et a doublé ses projets en ligne entre 2012 et 2013. Ulule n’est pas collecteur de fonds mais intermédiaire bancaire. C’est son partenaire MangoPay qui ouvre un portefeuille électronique au porteur de projet et y transfert les fonds donnés par les internautes. Ulule se rémunère par une commission de 8 %, dont 3 % pour MangoPay. La plateforme de dons reçoit un millier de propositions par an et en retient 500. Son point fort est de proposer un véritable accompagnement, qui expliquerait un taux de 63 % de réussite, contre 45 % pour les autres plateformes. Ulule est plutôt spécialisée dans les projets culturels ou solidaires, mais près de trente catégories sont actives.

En Bourgogne, bientôt une plateforme de financement participatif, Graines de Start

Portée par le Pôle Economie Solidaire de l’agglomération dijonnaise, la plateforme locale Graines de Start, basée sur le don, devrait voir le jour en janvier 2014. Elle aura pour but le soutien à des projets d’utilité sociale locaux, qu’il s’agisse de porteurs de projets, d’associations ou d’entreprises solidaires. Elle sera un des maillons du pôle mécénat Bourgogne portée par la DRAC, qui se concrétisera par une plateforme internet qui, elle aussi, devrait voir le jour en 2014.

Une montée en puissance en France et dans le Monde

On compte près d’une centaine de plateformes en France (1), et les créations de sites se multiplient, à l’image d’Ecobole, dédiée à l’écologie. Le très sérieux cabinet d’informations économiques Xerfi  prévoit une collecte nationale de 80 millions d’euros pour 2013, qui appelle une règlementation du secteur. Fleur Pellerin, ministre déléguée en charge du numérique, a annoncé des mesures d’aide au développement, et la mise en place d’un cadre règlementaire souple et protecteur. La Banque Publique d’Investissement (BpiFrance) met en ligne sa plateforme de centralisation TousNosProjets qui, via un moteur de recherche unique, regroupe les projets des plateformes de crowdfunding partenaires. Côté banques, La Fondation Grameen-Crédit Agricole accompagne Babyloan, tandis que La Banque Postale soutient Kiss Kiss Bank Bank… Le secteur a levé 2,7 milliards de fonds dans le monde en 2012 et devrait atteindre 5,1 milliards en 2013 (2).
(1)    Source : annuaire du crowdfunding de alloprod.com
(2)    Source : crowdsourcing.org.