Une chronique réalisée en décembre 2012 pour la rubrique De Passages  du Vap’Zine de La Vapeur.

Octarine, Zutique et l’Acodege travaillent main dans la main depuis plusieurs années pour ouvrir à des personnes en situation de handicap une activité artistique insolite : le Human Beat Box. Un atelier qui fait parfaitement écho à la volonté de La Vapeur d’ouvrir son espace à de nouveaux publics et de donner un accès plus large à la culture.

L’atelier Beat Box qui a lieu tous les mercredis aprèsmidi dans un des studios de répétition de La Vapeur a commencé depuis plusieurs semaines, et on sent que le groupe est déjà bien rodé. Huit adultes, tous des garçons, qui prennent visiblement du plaisir à se retrouver au studio pour explorer ensemble un genre musical encore méconnu et presque thérapeutique. Un moyen d’expression qui libère le souffle et, comme toutes les créations artistiques, donne du plaisir.

Animateurs, éducateurs et participants se mettent en cercle pour se renvoyer les sons
Animateurs, éducateurs et participants se mettent en cercle pour se renvoyer les sons

LE HUMAN BEAT BOX, C’EST WHAT?

Le Human Beat Box, qu’on peut traduire par boîte à rythmes humaine s’inscrit dans une longue tradition de techniques vocales ancestrales qui utilisent la voix pour produire de la musique ou reproduire les sons des instruments de musique. Que ce soient le Konnakol présent en Inde depuis 700 ans, les jeux de gorge diaphoniques des femmes Inuits, ou le Ketchac a capella de Bali, il existe des dizaines d’endroits à travers le monde où l’on utilise des procédés vocaux similaires. Quant au Beat Box, il s’imprègne du patrimoine musical du pays où il émerge, et loin d’être une pratique fermée et limitée, il permet au contraire de traverser tous les genres musicaux, du jazz au hip-hop en passant par le rock and roll.
C’est aussi une communauté, dont le slogan est «we’re a family ». En France, cela représente un groupe d’une cinquantaine d’artistes très soudés qui pour certains ont une dimension internationale. Et c’est un de ces artistes confirmés, Atman « Fatkab » Ouddak, qui anime l’atelier à La Vapeur.

ATMAN, UNE FIGURE DU BEAT BOX EN BOURGOGNE

Atman « Fatkab » Ouddak est originaire de Nevers, et son parcours musical commence au début des années 2000. Sa passion, c’est l’amour de la rythmique pure, de son décorticage. Il a toutefois sa propre « patte » et intervient toujours avec des instrumentistes. Et de citer Urban 5tet, un groupe qu’il a créé : « ça fait partie des groupes qui ont fait mon histoire». Une histoire favorisée également par la rencontre avec Octarine et Zutique, deux structures de production qui ont été des précurseurs à Dijon pour le Beat Box. Elles organisent tous les ans le Human Beat Box Festival, auquel participeront d’ailleurs les stagiaires de l’atelier le 3 avril prochain.

IL FAUT QUE TU RESPIRES …

Pour Atman, fondamentalement, le Beat Box c’est l’art de contrôler son souffle : « tu dois gérer ton corps, c’est lui qui te donne le souffle, avec un principe de respiration en continue. Certains sons permettent d’inspirer et d’autres d’expirer, c’est comme ça qu’on peut faire des morceaux de 7 minutes et des concerts de deux heures ! » Et c’est ce rapport au souffle qu’il essaye de faire passer auprès de son groupe : « on se détend, on souffle quand on n’y arrive pas, et ça vient tout seul »… En revanche, le groove et le feeling sont plus de l’ordre de l’instinctif, « il faut écouter les autres ». Atman, qui guide, rassure et encourage les participants, les a d’ailleurs spécialisés : deux pour la batterie, deux pour la basse et deux pour la Charley, la pédale de Charleston de la batterie. Chacun doit reproduire le bon son pendant que les deux derniers participants fredonnent la mélodie de la Panthère Rose…

Mais le Beat Box, pour Atman, c’est plus que de la musique. Dans une situation de handicap, il permet de communiquer autrement : « les personnes qui viennent à l’atelier ont souvent moins de barrière que les autres, ils ont un côté détaché, ils osent, ils testent ! ».

L’ACODEGE, “ SE RENCONTRER, S’AMUSER, S’EPANOUIR ”

Julien Sturm est éducateur spécialisé à l’espace socio-culturel de l’Acodège, et encadre les inscrits au Beat Box. « Nous accompagnons des personnes qui ont du mal à accéder à des activités culturelles, du fait d’un handicap social, mental ou psychique. Certains des participants de l’atelier viennent depuis deux ans. Pour ceux qui veulent accéder à la culture musicale sans passer par l’instrument, ou pour ceux qui ont des difficultés d’élocution, ça marche très bien. Le Beat Box est une réelle alternative à la communication classique ».

Atman est content de la séance, ses élèves aussi : « la prochaine fois, on utilisera la loop station, qui permet d’enregistrer une boucle musicale ou vocale et de la garder en mémoire ».
Avant de partir, il propose un dernier jeu musical : il envoie un son et celui qui le reçoit doit en lancer un à son tour, un peu comme on se renvoie une balle. Une rythmique se met alors en place dans un jeu de ping-pong improvisé, un ping-pong des sons et des émotions, une Battle amicale qui installe une douce complicité.

Site officiel Octarine Productions : www.octarine-productions.com
Site officiel Zutique Productions : www.zutique.com
Site officiel de l’Acodège : www.acodege.fr

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