Lundi 19h30. Arrivée à La Vapeur qui grouille déjà de monde. Ce soir, c’est la toute nouvelle Chorale Musiques Actuelles qui investit les lieux pour sa deuxième séance. La centaine de participants  arrivent par grappes, certains ont l’air de se connaître, d’autres non, mais c’est le sourire qui s’inscrit sur tous les visages.

A peine le temps de poser manteaux et sacs que tout le monde se retrouve les mains en l’air… pour les exercices d’échauffement et de souffle dirigés par Florence Nicolle, la chef de cœur. Car comme me le confirmeront plusieurs participants, « chanter, c’est physique ».

Une rapide observation du public permet de voir que le chant choral est vraiment une activité qui fédère : tous les âges et tous les styles se côtoient. Surprise : Beaucoup plus d’hommes – ah ! les basses ! – que dans une chorale classique, pour qui c’est souvent la perle rare… On peut parier que c’est le répertoire Musiques Actuelles qui les aura séduit.

Y’AVAIT DES HAUTS, Y’AVAIT DES BASSES …

Certains, totalement novices, se posent d’ailleurs la question : dans quel groupe dois-je me mettre ? Mais Florence les rassure : ils peuvent essayer un groupe puis changer s’ils ne se sentent pas à l’aise. Rapidement la salle se met en arc de cercle autour de la scène, sur laquelle la chef de cœur accompagne chacune de ses indications d’une gestuelle de comédienne : elle mime, monte et descend les mains, écarte grand les bras, enchaîne les mimiques qui permettent de comprendre quelle intensité donner aux phrases musicales.

Pendant ce temps, ses deux complices Daniel Scalliet et Aymeric Descharrières se chargent d’accompagner qui les basses et qui les solos, et de donner indications et trucs pour interpréter au mieux le morceau de ce soir, l’inavouable concerto, de l’artiste dijonnais Stéphane Mulet.

Je veux pour chaque violoncelle, une paire de jambes en jarretelles,
je veux que cet homme aux clavecin, ait à ses pieds des escarpins … 

Pendant que certains chantent le texte, les basses font les pam pam pam pam , « les pams de la joie » comme dit le chef de cœur. Et effectivement, c’est une sacrée pêche qu’il faut avoir pour arriver à un résultat qui swingue…

LE RYTHME DANS LA PEAU

Ça fonctionne d’ailleurs pas mal, puisque de bâtons figés et tendus les corps commencent à se détendre et à se laisser aller à un doux balancement. Les genoux se plient, les hanches se délient, les têtes s’inclinent. Certains montent sur la pointe des pieds, d’autres frappent de l’avant de la basket et la natte de la voisine de devant se met à osciller comme un pendule… Impeccable pour garder le rythme.
Florence vient de rajouter 2 frappes des mains, à contretemps des pam pam. Cela donne un rythme d’enfer au morceau, mais il faut un peu de temps pour le réglage… heu … La frappe dans les mains, c’est plutôt le rayon des espagnols que celui des français… Ce n’est pas bien grave, personne ne se décourage, et surtout pas Aymeric, qui mène rondement son groupe vers une joyeuse harmonie.
Quand on ne connaît rien au chant choral, on mesure la difficulté qu’il peut y avoir à faire travailler ensemble une centaine de personnes, chose que Florence, Aymeric et Daniel maîtrise en revanche parfaitement bien. Mais comment font-ils ?

MULTIPLES TALENTS

C’est qu’en fait notre trio n’est pas composé à proprement parlé d’enfants de chœur… ils n’en sont pas à leur coup d’essai et surtout ils ont de nombreuses cordes à leur arc. Tous trois font partie d’une troupe de théâtre de rue bien connue à Dijon, les 26000 couverts, qui, pour reprendre la définition des Inrocks est une troupe « d’acteurs qui savent presque tout faire : on passe d’un saxophone à un rôle de shérif alcoolo, d’une impro foireuse à une vanne ciselée, d’un pas de danse à une contorsion. »

Autant dire qu’ils maîtrisent aussi bien le chant que la gestuelle, l’interprétation et le rythme, qu’ils s’assemblent et se complètent pour mener rondement leur groupe. C’est d’ailleurs Aymeric qui produit toutes les adaptations des chansons car, dit-il, « aucun arrangement de musiques actuelles n’existe pour le chant choral ». Et Florence a d’ailleurs déjà une longue expérience de chef de cœur. Des aficionados de son style énergique sont d’ailleurs dans la salle.

Mais d’où lui vient ce talent ? «d’ une grande dame de la chanson traditionnelle méditerranéenne, Giovanna Marini, qui m’a appris la maîtrise du chant en groupe ».

APPRENDRE PAR MIMETISME

Et comment fait-elle pour faire chanter un groupe d’une centaine de personnes dont beaucoup de novices ? « Tout simplement par mimétisme, par imitation. Mais aussi par images, par mimes… ». Et c’est là que son métier de comédienne lui sert, même s’il n’y a pas ici de mise en scène du chant. Mains en éventail au coin des oreilles, bras lancés au ciel, Florence transmet au groupe le souffle, le rythme, les émotions.

OUVERTE A TOUS

La taille du groupe, ce n’est d’ailleurs pas quelque chose qui lui fait peur, c’est plutôt bien, même si, on s’en doute, « cela prend beaucoup d’énergie ». Ce qui la motive, » c’est justement de faire chanter des gens ensemble, de voir qu’on peut encore créer un collectif qui ait envie de faire des choses ensemble ». Et puis ce qui la séduit dans ce projet, c’est justement l’idée que tout le monde puisse en profiter. « Ici, les gens pensent ne pas savoir chanter, mais en groupe on chante toujours juste ! ».

Et surtout un maître mot s’impose en regardant les visages des chanteurs. C’est le mot PLAISIR. Qu’il s’agisse de Danièle, Serge, Cécile, Jacques ou Marie, la cinquantaine en moyenne, pour qui « c’est plaisant de chanter, ça libère, c’est physique et en même temps cela stimule. C’est joyeux » !

Ou de Christophe, Dorothée et Nicolas, le trio de trentenaires. « Le chant ça détend, c’est du plaisir, ça met la patate. Quand on chante, on laisse son cerveau à l’entrée, ça permet de se vider l’esprit, c’est du bonheur ».

Et le bonheur, c’est un truc pour tout le monde, n’est-ce pas ?

Frappez la peau de vos tambours avec l’objet de votre amour,
Prenez deux points sur le tempo mais continuez de jouer piano

Article réalisé pour le vapzine du site web de La Vapeur – Dijon, rubrique « De Passages »