Du 11 au 14 octobre, une équipe Euromédias a assuré la réalisation de vidéos autour de ce festival national du documentaire d’aventures. Comment être novateurs sans risquer de passer à côté de l’évènement ? Comment trouver le bon positionnement entre le nécessaire travail de communicant et l’œil critique du journaliste qui sommeille en nous ? Autant de questions qui ont germées pendant les 4 jours de cette manifestation.

Les Euromédiateurs en interview dans l'espace bar du cinéma Olympia.Début octobre. Premières rencontres pour préparer le travail que nous devrons effectuer sur les Ecrans de l’Aventure. La manifestation est un grand classique du Master, puisqu’elle est couverte par les Euromédiateurs depuis 2009. Nous visionnons les vidéos faites par nos camarades de la promotion 2012 : interviews d’auteurs, de réalisateurs, chapô général sur la manifestation elle-même…

Une première interrogation traverse dès lors notre groupe : Comment rendre compte d’un évènement que les Euromédiateurs couvrent depuis plusieurs années sans être dans la redite ? Comment apporter encore quelque chose à la Guilde Européenne du Raid, l’association organisatrice, qui diffusera nos vidéos sur son site internet ? Choix difficiles, sachant qu’aucun d’entre nous ne connaît la manifestation.

FAIRE DES CHOIX EDITORIAUX

Nous laissons tomber l’idée d’une présentation générale du festival, très bien réalisée l’an dernier, et nous décidons de partir sur quelques portraits. Comme celui de la présidente de la Manifestation, Christine Génin-Zanetta, championne du monde de haute voltige aérienne et dijonnaise, ou celui de Sylvain Tesson, l’auteur et aventurier qui monte, également président de la Guilde.

Mais nous voulons aussi travailler deux thèmes transversaux, l’aventure bien sûr, et la transmission: comment et quand  passe-t-on de l’aventure vécue à l’aventure racontée ? L’aventure n’existe-t-elle finalement réellement que dans le regard des autres ?

Nous espérons ainsi pouvoir mêler témoignages d’auteurs – le festival récompense également des récits d’aventure – d’aventuriers, de réalisateurs et de membres des jurys films et livres.

A L’EPREUVE DU REEL

Jeudi 11 octobre, 9 heures. Corinne Husson, qui supervise toute la communication pour la Guilde, nous accueille chaleureusement. Elle sera tout le long du festival notre personne ressource pour approcher les participants qui ont parfois des plannings médiatiques très chargés, et nous laissera un accès totalement ouvert à la manifestation. Tout au long de cette première journée, nous enchainons visionnages des documentaires et interviews des réalisateurs, auteurs ou protagonistes qui viennent présenter leurs films.  Nos scénarios de questions fonctionnent bien et nous sommes assez satisfaits de ce que nous avons dans la « boîte ».

En revanche, pas vraiment le temps de réfléchir, nous prenons l’évènement à bras le corps, accaparés par nos contraintes matérielles : découvrir la manifestation, « attraper » nos interviewés avant qu’ils ne filent vers d’autres médias,  installer et gérer notre matériel.

L’AMBIGUITE DE NOTRE ROLE : JOURNALISME OU COMMUNICATION, COMMUNICATION OU JOURNALISME ?

Dès le lendemain en revanche, les premières interrogations affleurent. Nous avons visionné plusieurs films, ce qui nous permet d’établir étalonnages et comparaisons entre les sujets traités, les choix éditoriaux opérés par les réalisateurs, le ton et le format des reportages. Bref, nous commençons à nous poser des questions, et à glisser lentement de la communication vers le journalisme. La molette « esprit critique » vient de s’actionner et nous regardons l’évènement et son contenu sous un autre angle.

Certains d’entre nous s’interrogent par exemple sur la pertinence de l’hyper-scénarisation utilisée par quelques réalisateurs : pourquoi faire jouer un rôle aux protagonistes du film plutôt que de tout simplement les filmer en situation ? L’obsession du film parfait, bien léché, qui peut être bien financé et faire gagner des prix ne conduit-elle pas à « oublier » le passage obligé par l’éthique, qui devrait habiter tous les passeurs d’informations, que ce soit sous forme de documentaires ou d’écrits journalistiques.

Interrogation que nous ne sommes pas les seuls à avoir, puisque c’est tout l’objet du film réalisé par Solenn Bardet. Elle a donné aux Himbas de Namibie la possibilité de faire eux-mêmes leur film, « Les Himbas font leur cinéma ».  Plutôt que de jouer comme figurants dans un rôle totalement scénarisé – et rémunéré – comme ce fut le cas dans plus de 50 « documentaires » tournés sur ce peuple.

Regardez à ce propos un extrait de l’interview que nous a accordé Solenn Bardet.

Autre interrogation qui nous habitera pendant les trois jours de cette manifestation : peut-on à la fois avoir un positionnement « communication » et une réflexion journalistique sur l’évènement ? En avons-nous le droit sans trahir notre partenaire qui nous laisse carte blanche et joue vraiment le jeu ?  En avons-nous le devoir, considérant que nous sommes étudiants en Master 2 et devons avoir également une réflexion sur pourquoi et comment nous réalisons ce qui nous est demandé.

Mais, selon l’expression consacrée, chasser le naturel il revient au galop…

LES DEUX A LA FOIS MON CAPITAINE

Le déclencheur sera la post-interview avec  Daniel Duhand, l’un des co-auteurs d’un des documentaires en compétition,  » Nom de Code : Poilus d’Alaska », et ancien journaliste au Figaro. A peine finie l’interview sur son rôle dans l’écriture du scénario, il nous interpelle sur notre cursus, notamment le métier de journaliste et la frontière de plus en plus étroite entre … journalisme et communication. Remise en route de la caméra, avec son accord, pour un plaidoyer éloquent pour la séparation des deux métiers.

Finalement, nous déciderons de ne pas faire le choix entre communication et journalisme, comme nous le permet notre formation, et nous réaliserons les deux. A la fois des interviews centrées sur le travail des interviewés et sur notre sujet, l’aventure, qui répondront à la commande passée avec les organisateurs des Ecrans. Mais aussi quelques moments « volés » à des acteurs de la manifestation, qu’ils soient auteurs-réalisateurs comme Antoine de Maximy (grand reporter et auteur –présentateur de « j’irai dormir chez vous » diffusé sur France 5), Bertrand de la Villardière (journaliste,  présentateur – Zone Interdite, Enquête Exclusive sur M6) ou encore de Alain Goury, qui présente la manifestation mais est aussi producteur de Echappées Belles sur France 5.

Nous les interrogerons sur le métier de journaliste, de producteur, de réalisateur et les contraintes qui vont avec. Cela fera-t-il l’objet d’une de nos réalisations pour les Ecrans, ou garderons-nous les rushes pour un travail réalisé sur l’ensemble du temps du Master ? C’est ce que nous devrons maintenant déterminer.

LECONS A TIRER

C’est donc incontestablement un enrichissement immédiat que nous aura apporté cette première immersion dans le réel. Nous avons passé l’écueil des difficultés matérielles – certains d’entre nous n’avaient jamais touché une caméra – et entamé une réflexion sur notre « work in progress », sur ce que nous faisons pendant que nous le faisons.

Un premier pas en avant qui devrait, à l’issue du Master et des différentes expériences qu’il nous permettra de vivre, nous amener à mieux comprendre les métiers auxquels nous nous destinons.

Qu’est-ce qu’on dit dans ces cas-là ? Mission accomplie ?

Voir aussi :
Les vidéos des Euromédiateurs 2012
La Guilde Européenne du Raid
Les Himbas sur le site officiel de Solenn Bardet
La vidéo du film Les Himbas font leur cinéma
Vidéo Euromédias 2012 – Interview de Solenn Bardet aux Ecrans 2012
Les réalisations audiovisuelles des Euromédiateurs 2012
Vidéo des Euromédiateurs sur Dailymotion

Article réalisé dans le cadre du Master 2 Euromédias de l’Université de Dijon.